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goupil

Maître Renard

 

Une attente caniculaire et une visite improbable… Mais revenons quelques jours plus tôt, en cette fin de mois de mai, qui n’aura été que grisaille, vents et averses.

 

Croulant sous ces journées moroses en manque de vitamine « D », je décidais d’emmener ma fille Marion, afin d’observer les alentours en ce milieu d’après midi, après que l’orage ait laissé place à de belles éclaircies, nous servant par la même occasion les douces lumières superbement contrastées, qui sont souvent l’apanage de lointaines latitudes.

 

Ne pensant pas observer grand-chose d’extraordinaire, étant accompagné de mon feu-follet très bavard, je laissais donc tout mon attirail de photographe amateur « at home », et me dirigeais vers les premiers espaces exempts de toute circulation, pas très loin de chez nous.

 

Les guêpiers se font rares par ici cette année, et je pensais en repérer après cette forte pluie, les insectes reprenant leur ballais incessant à quelques mètres du sol.

 

A peine garés, Marion et moi remarquons une tache sombre en lisière de ce champ, fraichement labouré. A environ 200 mètres, Cette  petite forme n’avait de cesse de trottiner, dépassant à peine des sillons.

 

Je commençais à avoir mon idée, jusqu’à ce que le museau de ce dernier ne se plante dans la terre fraîche, après un bond, les quatre fers en l’air ! Cette attitude peu banale venait de  dissiper mes doutes. Maître Goupil était en train de muloter ; comprenez, en train de chasser le campagnol. Quel spectacle ! Je priais Marion de sortir de la voiture sans claquer la porte, et de me rejoindre de mon côté pour ne pas effrayer Renard.

Je récupérais les jumelles, toujours à portée de main, afin de profiter du spectacle, expliquant à ma fille admirative, la chance qu’elle avait à onze ans d’observer un tel comportement en pleine journée, dans une région de chasseurs invétérés, où Goupil est « le nuisible » par excellence, et la proie aussi bien des piégeurs assermentées que des  autres braconniers.

 

Elle ne se lassait pas, alors que le maître des lieux vaquait à ses occupations. Le spectacle dura environ trente minutes, et cette présence me mis du baume au cœur, puisqu’il se passait près de chez nous.

 

Nous sommes rentrés des images plein la tête et je commençais à rêver à de plus amples observations, pouvant aboutir peut-être à quelques clichés souvenirs.

 

Je passais donc régulièrement aux abords du champ, le soir en allant au boulot, et je pu apercevoir Goupil à trois reprises en une semaine.

C’était décidé, j’allais me poster et attendre sa venue un de ces jours.

 

Par manque de chance, les jours suivants ne furent qu’averses et vents violents le temps pour moi de dépoussiérer le filet de camouflage, et de relire quelques ouvrages de photographes avisés en la matière,  et de retenir quelques uns de leurs conseils élémentaires, car le sujet est rusé et très clairvoyant.

Je partis donc en direction du champ, afin de déceler le meilleur emplacement. Un petit détour en lisière, et de bonne heure, me permit de tirer le portrait d’un écureuil presque serein.

 

Lisière ? La vigne du fond ? Un bosquet à l’est ?  La lisière plein vent allait porter mon odeur d’amateur anxieux, tandis que le bosquet se trouvait surement sur le passage de notre visiteur attendu.

 

Un pilier électrique en plein milieu du champ ferait l’affaire, le tracteur n’ayant pu labourer aussi près, la charrue abandonnant quelques hautes graminées qui m’aideront à me dissimuler au mieux. Heureusement le soleil n’est pas au rendez-vous, aux quels cas, à cette heure ci, il serait surement descendu face à la lentille de mon 500mm.

 

Me voilà harnaché, assis en tailleur au sol pour paraître moins haut, tapis sous mon tulle camouflé, vérifiant sans cesse les réglages de mon boîtier, en espérant que le déclencheur ne fasse pas fuir Maître Goupil à la première photo. Il est 16h30.

 

 

Moi qui voulait il y a quelques jours faire des clichés de hérons, les voilà maintenant qui  piquent des insectes  à peine à un mètre de ma position, sans que je ne puisse effectuer le moindre mouvement avec mon Télé. Ce sera pour une autre fois.

 

Le ciel est gris et lumineux, le vent est tombé et les couleurs sont sympas. Il est presque vingt heures et je suis en train de servir de repas aux fourmis au sol et aux moustiques au niveau du visage. Le téléobjectif est toujours tourné vers la vigne, en lisière,  je commence à me faire une raison ; et suis tenté de  m’assoupir. Les crampes arrivent, et la soif tenaille, je ne vais pas attendre trop longtemps, au risque de ne plus pouvoir me déplier.

 

Un dernier regard sur la droite… Il est là, à environ trente mètres, assis, le museau en direction de la bâtisse du domaine. Il est arrivé sans le moindre bruit. Le télé est orienté du mauvais côté ; Aïe !

 

Le voilà maintenant qui avance, tranquillement. Quelques pas, puis une pause ; et ainsi de suite. Vingt cinq mètres, il emprunte le sillon juste parallèle au mien. Il vient vers moi, je n’en crois pas mes yeux et n’en perd pas une miette. IL avance encore, vingt mètres. Je ne bouge pas un cil.

IL faut que je tourne l’Objectif, mais avec le tulle pris dans les herbes, ça ne va pas être facile de le faire sans bruit. Tant pis, j’essaie, centimètres par centimètres, de faire pivoter le caillou sur la rotule-ball Manfrotto, à chaque fois que Goupil flaire le sol !

 

Me voilà dans l’axe, il ne se doute de rien ; j’hésite à déclencher. On dirait une jeune femelle.

Je vais la laisser encore s’approcher, de peur que le bruit du déclencheur ne la fasse déguerpir pour une photo toute somme banale.

 

Ca y est, quinze mètres, c’est intéressant, je fais la mise au point, je serre la rotule et tiens l’ensemble pour ajuster l’œil. Dix mètres, le Nirvana, belle lumière il ne me reste qu’à attendre qu’il ne lève la tête quand tout à coup !

 

« PATOU, PATOU » ! Goupil se sauve et sort du cadre avant que je n’ai eu le temps de déclencher. Je lève la tête et vois le Gros Berger noir des Beauces, courir en haletant dans le champ dans la direction de Renard, qui disparaît dans la vigne.

Je suis dégoûté, si près du but. La propriétaire du domaine rappelle son chien, qui vient de se rendre compte que la taille de ses gamelles journalières, est un réel handicap pour prétendre rivaliser à la course avec la flamme rousse.

Tout ça pour rien, enfin presque. Pourquoi a-t-elle choisit ce moment pour sortir son molosse ? Je ne vais pas m’en remettre, quand je vois ce que je viens de manquer. Maître Renard à Dix mètres ! Et… Rien !

 

Après avoir avalé la pilule, je repasse plusieurs fois dans le champ sans toutefois remarquer la présence de ma renarde. Je me dis que je veux bien refaire un essai. Tout un après midi et une soirée seront vaines. Forcément, après le chien, c’est au tour des jeunes de faire un foot non loin de mon affût, puis du skate sur la route d’à côté en parlant fort. Je commence à déchanter et suis tenté de me faire une raison. Je me dis que peut être refera t’elle un passage dans le coin. Je me sauve dépité, il est vingt deux heures.

 

On est Vendredi et j’ai posé la soirée. Malheureusement, il fait une canicule à faire fondre un bâtiment. Il y a du vent, et le seul endroit qu’il reste donc, est le pilier électrique au milieu du Champ. Je m’installe et attend patiemment. 29° à l’ombre, il est dix sept heures, je ne suis pas prêt de voir sortir Renard.

Quel cagnard ; je fonds littéralement sous le tulle et mes pieds cuisent dans les chaussures. Le soleil est toujours haut, et la lumière trop dure, j’espère qu’un nuage masque un peu la dureté éblouissante, en vain. 17h45, le soleil est toujours au zénith, et ça cogne fort. Je me dis que je vais plier, aucun nuage à l’horizon, et un soleil qui descend tout doucement et face à moi. Toute les conditions sont réunies pour ne pas faire de photo ; Le vent tourne et porte mon odeur vers la lisière, et j’ai le soleil face à moi.

C’est la Cata. Ca y est,  je remarque Renard, assez loin, et  je suis content de la voir de retour. La lumière est affreuse mais tant pis, si elle daigne s’approcher je ferai une photo « souvenir » pour la montrer à Marion qui me questionne tous les jours sur mes résultats décevants.

 

Elle  arrive, museau au vent, mais ne semble pas inquiete. Elle semble toute jeune, fluette. J’effectue la mise au point et commence à déclencher pour une photo d’ambiance dans cet après midi caniculaire. Elle est à contre jour dans ce soleil trop haut pour magnifier une silhouette en ombre chinoise.

Ca ne fat rien. Elle s’approche et effectue un parcours sinueux vers moi. Je continue à déclencher. Les conditions sont à peine passables mais je continue à Shooter. Quinze mètres, Elle stoppe, oreilles aux aguets, le regard attentif, elle scrute le Télé. Je déclenche à nouveau. Elle saute sur le côté ; Va falloir que j’investisse dans une housse anti-bruit !

Elle n’est pas très loin et passe derrière moi du bon côté de la lumière ; Je ne veux pas le suivre de peur de l’effrayer et de compromettre mes chances futures de la voir à nouveau à portée d’objectif. Elle descend dans la vigne après un dernier regard dans ma direction. Elle disparaît. La journée est plutôt positive au vu de sa présence, mais les clichés sont banals, voire décevants. On essaiera une autre fois…

 

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